Transgénérationnel : comprendre les transmissions entre générations

Le terme transgénérationnel désigne l’ensemble des phénomènes de transmission qui circulent d’une génération à l’autre.
Employé en psychologie, en psychanalyse, en thérapie familiale, en sociologie, en anthropologie ou encore en psychogénéalogie, ce concept permet d’explorer la manière dont certaines expériences, valeurs, récits ou événements familiaux peuvent influencer les générations suivantes.
Bien au-delà d’une approche thérapeutique, il constitue aujourd’hui un véritable champ de réflexion pluridisciplinaire.
Dans cet article, vous découvrirez :
- ce que signifie le terme transgénérationnel ;
- comment les transmissions entre générations sont étudiées ;
- quels phénomènes peuvent être observés ;
- les principales approches théoriques ;
- ce que disent les recherches scientifiques et quelles sont les limites de cette notion.
Que signifie le terme « transgénérationnel » ?
Le mot transgénérationnel provient du préfixe latin trans, qui signifie « à travers », et du terme génération.
Il désigne donc ce qui se transmet à travers les générations.
Cette transmission ne concerne pas uniquement la génétique, et plusieurs formes d’héritages coexistent :
- biologique, par les mécanismes de l’hérédité ;
- culturel, par les traditions, les croyances ou les langues ;
- social, par les habitudes éducatives, les normes et les conditions de vie ;
- psychique, à travers les récits familiaux, les expériences marquantes ou certains modes de relation.
Le concept invite ainsi à considérer la famille comme un système dans lequel circulent des éléments visibles, mais aussi parfois plus implicites.

Les différentes formes de transmission
Le transgénérationnel dépasse largement le seul cadre des difficultés psychologiques et ne se limite pas à l’idée d’un héritage « problématique ».
En effet, il renvoie plus largement à l’ensemble des éléments qui circulent d’une génération à l’autre et qui participent à la construction progressive de l’identité individuelle et collective.
Pour illustrer notre propos, voici les différentes formes de transmission.
1. Les transmissions familiales
Les transmissions familiales constituent le premier niveau de cet héritage.
Elles regroupent tout ce qui se vit et se raconte au sein du cercle familial :
- les habitudes du quotidien,
- les récits transmis autour des événements marquants,
- ou encore les valeurs implicites ou explicites,
- ainsi que les modèles relationnels et éducatifs.
Elles incluent également des éléments plus subtils, comme les manières de communiquer, de résoudre les conflits ou de manifester l’affection.
Ces transmissions ne passent pas uniquement par le discours, mais aussi par l’observation et l’imitation.
2. Les transmissions culturelles
Les transmissions culturelles s’inscrivent dans un cadre plus large que la famille nucléaire.
Elles participent à la construction de l’identité en reliant l’individu à un ensemble de références collectives.
Elles englobent les :
- traditions,
- pratiques religieuses,
- langues,
- normes sociales
- ou encore les coutumes propres à un territoire ou à un groupe d’appartenance.
Ces transmissions permettent de situer une personne dans une continuité historique et symbolique, tout en influençant ses représentations du monde et sa manière d’y prendre place.
3. Les transmissions éducatives
Les transmissions éducatives concernent plus spécifiquement les apprentissages liés à la socialisation.
Elles influencent les représentations :
- du travail,
- de la réussite,
- de l’autorité
- ou encore des relations interpersonnelles.
À travers les règles, les encouragements, les interdits ou les modèles proposés, elles contribuent à structurer les comportements et les attentes individuelles.
Elles jouent un rôle central dans la manière dont une personne développe ses repères et ses stratégies d’adaptation.
4. Les transmissions émotionnelles
Les transmissions émotionnelles renvoient, quant à elles, aux façons d’exprimer, de contenir ou parfois de réprimer les émotions au sein d’un environnement familial.
Elles se construisent de manière progressive :
- par observation des réactions des figures parentales
- ou par intégration implicite des normes affectives du groupe.
Certaines familles valorisent l’expression ouverte des ressentis, tandis que d’autres encouragent davantage leur contrôle ou leur discrétion.
Ces modalités influencent durablement la manière dont les émotions sont perçues et régulées.
5. Les transmissions symboliques
Enfin, les transmissions symboliques concernent les éléments porteurs de sens qui traversent les générations sans toujours être explicitement verbalisés.
Il peut s’agir :
- de prénoms répétés,
- d’objets conservés,
- de photographies,
- de rituels familiaux
- ou encore de récits fondateurs.
Ces éléments jouent un rôle de liant entre passé et présent, en donnant une continuité narrative à l’histoire familiale.
Ils participent à la construction d’un sentiment d’appartenance et d’une mémoire partagée, parfois même en l’absence d’explications complètes sur leur origine.
Le transgénérationnel en psychologie
Plusieurs disciplines des sciences humaines et cliniques se sont emparées de la notion de transgénérationnel, chacune en proposant une lecture spécifique des mécanismes de transmission.
Cette pluralité d’approches permet d’enrichir la compréhension du phénomène, sans le réduire à une explication unique, et voici une courte présentation de ces approches.
1. Les approches psychanalytiques
Les approches psychanalytiques se sont intéressées à la manière dont certains éléments psychiques peuvent se transmettre au-delà de l’expérience individuelle directe.
Elles explorent notamment l’hypothèse selon laquelle :
- des conflits internes non élaborés,
- des événements traumatiques
- ou des deuils non symbolisés
pourraient continuer à produire des effets dans l’économie psychique des générations suivantes.
L’accent est alors mis sur la circulation de contenus inconscients au sein de la lignée familiale, souvent à travers des formes indirectes :
- silences,
- non-dits
- ou réorganisations du récit familial.
2. Les thérapies familiales systémiques
Les thérapies familiales systémiques, quant à elles, déplacent le regard de l’individu vers le fonctionnement global du système familial.
La famille y est envisagée comme un ensemble dynamique d’interactions, où chaque membre occupe une place particulière en lien avec les autres.
Dans cette perspective, les transmissions ne sont pas seulement héritées du passé, mais également rejouées et réajustées dans les relations présentes.
Les comportements, les rôles et les attentes s’inscrivent ainsi dans une logique circulaire plutôt que linéaire.
3. Les recherches sur les traumatismes collectifs et familiaux
Les recherches sur les traumatismes collectifs et familiaux s’intéressent aux effets psychologiques d’événements majeurs ayant touché des groupes entiers, comme les :
- guerres,
- déplacements forcés,
- génocides
- ou bien les catastrophes naturelles.
Elles examinent la manière dont ces expériences peuvent influencer durablement les générations suivantes, non seulement à travers les récits transmis, mais aussi via les contextes de vie, les conditions socio-économiques ou les modes d’attachement.
L’accent est mis ici sur l’articulation entre histoire individuelle et histoire collective.
4. La psychogénéalogie
La psychogénéalogie s’inscrit également dans ce champ d’exploration en mobilisant le concept de transmission transgénérationnelle pour analyser certaines répétitions ou configurations familiales.
Elle propose une lecture symbolique et narrative de l’histoire familiale, en s’appuyant sur des outils comme la généalogie ou le récit des événements marquants.
Cette approche constitue toutefois un champ spécifique, qui fait l’objet d’un développement dédié dans un autre article du site.
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Quels phénomènes sont étudiés ?
Parmi les phénomènes les plus souvent explorés figurent les :
- répétitions familiales, lorsque certains choix ou situations semblent se reproduire au fil des générations ;
- secrets de famille, susceptibles d’influencer les relations lorsqu’ils concernent des événements importants longtemps passés sous silence ;
- loyautés invisibles, qui désignent les liens implicites reliant les membres d’une même famille et pouvant orienter certains comportements ;
- dates anniversaires, parfois étudiées lorsque plusieurs événements marquants semblent survenir à des périodes similaires ;
- scénarios familiaux, c’est-à-dire des modèles de fonctionnement qui se répètent dans une lignée ;
- traumatismes transmis, faisant aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches, notamment chez les descendant·e·s de populations confrontées à des événements historiques majeurs.
Il est ici important de noter que chacun de ces concepts mérite d’être étudié séparément afin d’éviter les généralisations hâtives.
Comment explorer les transmissions transgénérationnelles ?
L’exploration des transmissions transgénérationnelles s’appuie généralement sur un ensemble de sources complémentaires, qui permettent de croiser les informations et d’éviter une lecture trop partielle de l’histoire familiale.
L’objectif n’est pas seulement de reconstituer une chronologie, mais aussi de mieux comprendre les continuités, les ruptures et les zones d’ombre qui structurent une lignée.
L’entretien clinique
L’entretien clinique constitue souvent un premier point d’entrée.
Il permet de recueillir le récit d’une personne sur son histoire familiale, ses souvenirs, les événements marquants qu’elle identifie, ainsi que les représentations qu’elle s’en fait.
Cet échange offre un cadre pour mettre en mots une expérience subjective, tout en ouvrant la possibilité de repérer certains éléments récurrents ou significatifs dans le récit.
Le génogramme
Le génogramme propose une représentation visuelle de la structure familiale sur plusieurs générations.
En cartographiant les liens, les naissances, les unions ou les événements importants, il facilite la mise en évidence de schémas relationnels, de répétitions ou de discontinuités.
Cet outil permet également de rendre plus lisibles des dynamiques parfois diffuses dans le discours.
Les archives familiales
Les archives familiales apportent une dimension plus factuelle à cette exploration.
Les actes d’état civil, les correspondances, les journaux personnels ou tout document conservé au fil du temps permettent de confronter les récits aux traces écrites disponibles.
Ils offrent parfois des éléments de contexte qui éclairent différemment certains événements familiaux.
Les récits de vie
Les récits de vie, recueillis auprès de différent·e·s membres d’une même famille, enrichissent encore cette approche.
En effet, ils permettent de croiser les points de vue, de mettre en lumière des perceptions divergentes d’un même événement et d’identifier les variations dans la mémoire familiale.
Cette pluralité de récits souligne que l’histoire transmise n’est jamais totalement uniforme.
Les photographies
Les photographies, objets et souvenirs occupent également une place importante dans cette exploration.
Au-delà de leur valeur documentaire, ils possèdent une dimension symbolique forte.
Ils peuvent évoquer des figures familiales, des périodes de vie ou des événements particuliers, tout en servant de support à la transmission implicite de l’histoire familiale.
La pluralité
Selon les contextes, cette exploration peut être accompagnée par différentes approches thérapeutiques ou d’accompagnement, qui proposent des cadres d’analyse variés.
Il n’existe toutefois pas de méthode unique ou universellement reconnue, ce qui reflète la diversité des disciplines qui s’intéressent à ces phénomènes et la complexité des processus de transmission eux-mêmes.
Que dit la recherche scientifique ?
Les recherches scientifiques reconnaissent l’importance des transmissions entre générations, notamment concernant les apprentissages, les comportements familiaux, les facteurs sociaux ou les conséquences psychologiques de certains traumatismes.
Les travaux sur les traumatismes intergénérationnels montrent que des événements majeurs peuvent produire des effets durables sur plusieurs générations, notamment par les interactions familiales, les récits, les pratiques éducatives ou certains mécanismes biologiques encore étudiés.
Cependant, les mécanismes précis de ces transmissions restent largement débattus, car les chercheur·euse·s soulignent la difficulté d’établir des relations de causalité directes entre un événement vécu par une génération et les difficultés rencontrées plusieurs décennies plus tard.
Cette prudence scientifique constitue un point essentiel pour comprendre le concept avec nuance.
Pour aller plus loin dans vos recherches, voici deux articles à lire :
- « Transmission intergénérationnelle et transgénérationnelle » de Francisca Espinoza (Dictionnaire de sociologie clinique, érès, 2019).
- « Le temps remué par le transgénérationnel » d’Alberto Eiguer (Le Divan familial, In Press, 2020/2 N° 45).
Restons critique : les limites du concept
Le principal risque consiste à adopter une vision déterministe de l’histoire familiale.
Le transgénérationnel ne permet pas d’expliquer à lui seul un parcours de vie, puisque les expériences personnelles, l’environnement social, les rencontres, les choix individuels et le contexte culturel jouent également un rôle majeur.
Il convient également d’éviter les biais d’interprétation consistant à rechercher systématiquement des liens entre deux événements sans disposer d’éléments suffisamment solides.
Par conséquent, nous insistons ici sur le fait qu’une approche rigoureuse confronte toujours les hypothèses aux faits disponibles et accepte qu’une coïncidence ne constitue pas nécessairement une preuve.
Autrement dit, le transgénérationnel éclaire des trajectoires, mais ne les détermine pas.
Cela signifie que les transmissions familiales constituent des pistes de compréhension parmi d’autres, mais qu’une approche responsable consiste à articuler :
- histoire familiale,
- contexte social,
- expériences individuelles
- et connaissances scientifiques,
plutôt qu’à rechercher une explication unique aux difficultés rencontrées.
Le transgénérationnel au quotidien
Le transgénérationnel ne se limite pas à des situations exceptionnelles ou à des événements marquants : il se manifeste aussi dans des aspects très ordinaires de la vie quotidienne.
On le retrouve dans les traditions familiales, les recettes de cuisine transmises au fil du temps, les expressions ou tournures de langage propres à une famille, mais aussi dans certaines valeurs éducatives qui orientent les choix et les comportements.
Il peut également apparaître à travers des trajectoires professionnelles récurrentes, des métiers exercés sur plusieurs générations, ou encore dans des manières spécifiques de réagir face aux difficultés et aux imprévus de la vie.
Ces formes d’héritage, souvent discrètes, contribuent à structurer progressivement la manière dont une personne se perçoit et se situe dans le monde.
Elles participent à la construction de l’identité en inscrivant chacun·e dans une continuité familiale et historique, faite à la fois de transmissions explicites et d’apprentissages implicites.
Pour autant, ces influences ne déterminent pas un parcours de manière rigide, car elles offrent plutôt un ensemble de repères, de modèles et de références qui peuvent être intégrés, questionnés ou transformés au fil du temps.
Ainsi, les transmissions transgénérationnelles ne figent pas les trajectoires individuelles : elles les accompagnent, en laissant une marge de réinterprétation et d’évolution propre à chaque personne.
Elles témoignent enfin de la richesse des liens entre les générations, où passé et présent s’entrelacent dans des formes de continuité parfois visibles, parfois plus subtiles, mais toujours inscrites dans une histoire partagée.
5 bonnes raisons de s’intéresser au transgénérationnel
- Mieux comprendre les héritages familiaux.
- Mettre en perspective certains schémas de vie.
- Découvrir les apports de plusieurs disciplines.
- Nourrir une réflexion personnelle ou professionnelle.
- Développer un regard critique sur les transmissions entre générations.

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FAQ
Que signifie le mot « transgénérationnel » ?
Il désigne ce qui se transmet à travers plusieurs générations.
Quelle différence entre intergénérationnel et transgénérationnel ?
L’intergénérationnel concerne les relations entre générations vivant à la même époque, tandis que le transgénérationnel s’intéresse aux transmissions qui traversent le temps.
Le transgénérationnel est-il reconnu par la recherche ?
Oui, mais les mécanismes précis de certaines transmissions, notamment psychiques, restent discutés.
Quels outils sont utilisés ?
Le génogramme, les entretiens, les archives familiales, les récits de vie ou encore certains accompagnements thérapeutiques.
Le transgénérationnel concerne-t-il uniquement les traumatismes ?
Non. Il englobe aussi les valeurs, les savoir-faire, les traditions, les croyances et les habitudes familiales.
Quel lien avec la psychogénéalogie ?
La psychogénéalogie s’appuie sur le concept de transmission transgénérationnelle, mais celui-ci est utilisé dans de nombreuses autres disciplines.
Pour résumer
Le transgénérationnel invite à observer la manière dont les histoires familiales, les expériences, les valeurs et certains événements peuvent circuler d’une génération à l’autre.
Il ne constitue pas une explication unique des parcours individuels, mais un cadre de réflexion qui prend tout son sens lorsqu’il est mobilisé avec méthode, esprit critique et ouverture à la complexité des trajectoires humaines.
Dernière mise à jour de cet article le 01 juillet 2026.





